• Multimédia, Internet : qui s'en sert vraiment ?

    En France, le barometre Médiamétrie - Observatoire des Usages Internet, 2010 - permet d'appréhender l'évolution des mentalités et des pratiques concernant les TIC. Ainsi, si l'"on est passé d'une méconnaissance majoritaire à un début de connaissance très confuse", il reste qu'en avril 2010, 25 % des Fronçais n'ont jamais entendu parler de multimédia (contre 51 % en mars 2009). Et le fossé ne cesse de se creuser entre le "connecté" "enthousiaste" que toutes les études s'accordent à définir comme un homme, jeune, riche, urbain et cultivé, et le "réfractaire", cet "analphabète du futur", pour qui Internet est un satellite ou une agence d'intérim."

    L'écart très net entre la médiatisation du multimédia et son appropriation véritable trouve sa première illustration dans le taux de pénétration du micro-ordinateur dans les foyers français : 21 % en avril 2010, soit 2 millions d'utilisateurs. La consommation hebdomadaire reste faible : de 6 à 7 heures à raison de connexions moyennes de 72 minutes.

    Premier prescripteur en matière de multimédia, c'est l'enfant qui dicte les usages du foyer. Ainsi, ce sont les jeux et les programmes éducatifs, suivis par les encyclopédies qui dominent. D'ailleurs, en France, ce sont près de 600 établissements scolaires qui sont connectés, tandis que Microsoft réalise 12 % de son chiffre d'affaires sur le marché des lycées et des universités.

    Avec 15 à 18 % des foyers qui ont un ordinateur avec un lecteur de CD Rom, 10 % un modem (soit 150 000 foyers connectés - hors entreprises - contre 7 millions de Minitels), la France reste à la traîne des pays européens bien après l'Allemagne, l'Angleterre et les pays nordiques.

    Même pour les adeptes du multimédia, ces technologies suscitent quelques craintes relevées par le Centre de Recherche sur les enfants et les médias de l'Université de Montréal  : diminution des échanges avec l'entourage immédiat, isolement, diminution des emplois, nécessité d'efforts de formation et d'adaptation régulière aux innovations techniques, utilisation massive de l'anglais, accès long et aléatoire, carences juridiques, problèmes de confidentialité, déplacement du temps accordé aux loisirs, limitation des capacités de supervision des parents, fracture numérique ...

    Du côté français, d'autres qualifient de "menace" l'arrivée d'Internet. D'après le Baromètre Multimédia trimestriel Publimétrie - La Cinquième Développement -, "le réseau des réseaux" serait "un progrès dangereux à ne pas mettre en toutes les mains", "un jouet pour grandes personnes", voire "une arnaque mondiale".

    Ces appréhensions, si elles sont partagées, de part et d'autre de l'Atlantique, n'occultent pas le torrent d'éloges de fervents utilisateurs pour qui Internet est un outil de communication et d'instruction bientôt à la portée de tous, convivial, ouvert sur le monde, rapide, efficace, facile d'emploi et ludique.

    Le directeur du développement résocentrique d'IBM , souligne en outre les conséquences d'Internet sur l'emploi et notamment la remise en cause probable des métiers intermédiaires. Il donne l'exemple de Sony Music qui, bientôt, proposera de réaliser son propres CD en achetant des titres sur le Net. Le rôle des distributeurs de disques s'en trouvera compromis. "Internet va révolutionner notre façon de nous éduquer, de nous divertir et de travailler", conclut-il.

    Même si, le Web est multiplié par 2 tous les 55 jours - une croissance jamais observée dans aucune des industries - la France, sous-équipée, fait la preuve que le multimédia doit développer une pédagogie de l'outil avant d'être un outil pédagogique.