Avec le numérique l'environnement social se modifie

"A l’aboutissement de la révolution numérique, d’ici vingt ans, on assistera à un véritable bouleversement des modes de vie en société et des valeurs des institutions". L'interactivité, rendue possible par la technique du numérique associée au développement des réseaux, la relation directe que chacun est sensé pouvoir instituer avec qui que ce soit, remet profondément en cause le fonctionnement même de la société et les positions que les uns ou les autres y ont acquises. Une remise en question qui touche forcément aux fondements du droit.

L’interactivité telle qu’on l’entend, tient-elle du discours, ou est-elle réelle ? Le Président Délégué de CICOM TV, et auteur de la citation que nous avons mise en exergue, faisait encore remarquer à Hourtin, que "l’interactivité est liée au développement du numérique, mais que le tout numérique est un objectif dont la réalisation sera longue et coûteuse", autrement dit, ce n’est tout de même pas pour demain. Mais toutes ces transformations vont toucher la transmission du savoir. L’interactivité induit choix total et personnalisation. Les diffuseurs de programmes devront s’adapter, et se transformer en gestionnaires de bases de données. A plus court terme, d’ici l’an 2000, on peut d’ores et déjà envisager un choix entre une centaine de chaînes de télévision. Une multiplicité qui sera à l’origine de l’évolution du contenu des programmes. Ils vont devoir se spécialiser. Une spécialisation, dont l’aboutissement sera les chaînes thématiques. Les choix vont s’affiner, le téléspectateur sera de plus en plus exigeant sur le contenu et l’heure des programmes. Le téléspectateur deviendra le programmateur.

Pour le Chargé de Mission NTIC à l'Agence régionale de Développement du Limousin, l’interactivité, c’est "l’utopie inspirée, contre la logique de l’usage". En allant encore plus loin, cela peut même aller jusqu’au mythe, avec ce qu’il véhicule de positif et de négatif. Le positif : humanisme, transparence, démocratie. Le négatif : "Big Brother", le règne de l’écran. Pourtant, le seul règne dont bénéficie l’interactivité n’est-il pas aujourd'hui celui du discours ? En effet, le concept répond à de multiples définitions, il apparaît donc avant tout "avide de sens". Par ailleurs, l’interactivité en tant qu’instrument de liberté ne serait-elle pas un leurre ? En effet, l’usage des technologies adaptées requiert une plus grande maîtrise des outils de communication. L’interactivité ne risque-t-elle pas de former une société de techniciens, plutôt que de citoyens ?

A l’heure actuelle, l’outil qui illustre le mieux l’interactivité, c’est Internet. Qui dit interactivité, dit communication et échange, entre un certain nombre de personnes, en l’occurence, les "cybernautes" (ceux du cybionte de Joêl de Rosnay ?) . Il s’agit là de communication publique. En tant que telle, elle doit être contrôlée et régulée. Pourtant, comme pour tout nouveau média, le développement des réseaux de type Internet, soulève le problème de la recherche d’un équilibre entre liberté d’expression et contrôle des abus. La technicité des réseaux ne les met pas au dessus des lois actuelles, mais implique certains ajustements. Comment effectuer concrètement les contrôles, comment déterminer les responsables de la nature des informations transportées ? Tous réclament une éthique pour le cyberespace, et en premier lieu, les fournisseurs d’accès qui attendent un véritable statut adapté à leur activité. Pour l'Inspecteur Général à l'INSEE, il n’existe aucune activité nouvelle qui n’ait immédiatement engendré des perversités. L’essentiel étant de contrôler et de juguler cette perversité.

 

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